Mon premier rendez-vous arrangé !

J’ai eu l’immense honneur d’être invité  un date arrangé. Je vous raconte ?

 

Comme a son habitude, mon patron avait omis de me parler d’une réunion client. Connaissant sa difficulté à gérer son planning, je suis heureusement toujours prête au cas où. Nous partons donc sur Yeoksam discuter d’un nouveau projet. Après une longue réunion ayant durée toute l’après midi et essentiellement en coréen (envie de mourir ^^) mon patron me demande : « Julie es-tu promises ce soir ? »
J’aurais du répondre non, mais je n’avais rien de prévu. Ce qu’on appelle « ouechig » en Corée, est quelque chose que j’apprécie. C’est une sorte d’after work avec des membres de sa société, de la bonne bouffe et pas mal d’alcool. C’est gratuit (c’est le patron qui régale !), souvent très relax et assez drôle. Ça s’annonçait donc plutôt séduisant…

Après notre long meeting, mon patron se lève et pars rejoindre notre client dans son bureau. N’ayant pas été invitée à le rejoindre, je l’attend donc ; toute seule dans la grande sale de réunion… Snif. Au bout d’une longue heure de solitude et d’ennui (je déconne j’ai regardé un film), mon patron et mon client m’invitent à me préparer pour aller dîner. Hein ? Mon patron me dit de bien refaire mon maquillage, curieux…
Arrivant dans le couloir de l’entreprise deux jeunes hommes nous emboîtent le pas, sûrement des employés.

Le restaurant choisit, on se retrouve dans une salle privée et très vite le repas prends une allure étrange. Les « ouechig » sont normalement assez détendu, pourtant le repas s’annonce guindé. Il y a beaucoup de cérémonial et j’entends très vite mon employeur parler de moi : Julie ceci, Julie cela… C’est fréquent. Une étrangère, non américaine et qui n’est pas professeur d’anglais ou sur une base américaine… Ils ont souvent beaucoup de questions à me poser. Le cas présent, ce que je trouve étrange est que je le sens me vendre une seconde fois.  N’étant pas spécialement quelqu’un de stressé et ne comprenant qu’un mot sur 1000, je me plonge tranquillement dans mon somak (soju + bière), attendant de pouvoir participer à la conversation.
Puis, mon client désigne le jeune homme silencieux assis en face de moi. Il commence à en vanter les mérites : truc muche est super, truc muche joue de la musique, a été diplômé de telle école…
T.M (pour Truc Muche) sera le nom de ce charmant jeune homme tout le billet, n’y voyez pas de mépris. J’ai juste oublié son nom et je n’ai pas le courage de chercher dans mon K.Talk.  Mon boss et notre client enchaînent les shots de soju.
Une chose aussi m’interpelle, mon patron et notre client enchaînent les shots de Soju. Ce n’est pas rare non plus, mais je remarque que le débit est franchement élevé. Enfin, je suis plus absorbée par le repas et le somak… Oui je ne pense qu’avec la panse.

Alors que je suis perdue au milieu de mes pensées, Sajangnim se retourne vers moi et me demande tout fier et un peu éméché :
– pas vrai que tu aimerais te marier avec un coréen ?!
Mon verre de somak m’absorbe soudainement beaucoup moins (je manque d’ailleurs de m’étouffer) et je balbutie devant une assemblée attentive :
la nationalité ne m’importe pas, c’est l’amour qui compte. Ouai, je sais… C’est ultra cliché.
– mais si il est coréen c’est mieux non ? Que répondre… Je regarde mes pieds et acquiesce par politesse.
Mais pourquoi cette question ? Voyant mon incompréhension, T.M. m’interpelle. J’ai l’habitude d’être silencieuse dans ce genre de repas. Il est rare que quelqu’un parle anglais, je n’avais donc pas pris la peine d’essayer de communiquer. Après tout je voulais juste manger et picoler un peu. Oui je suis hyper associable, oui je ne pense qu’à manger. Il m’explique  dans un anglais parfait (WTF !!!! Oui, j’étais très surprise) que mon client n’est autre que son oncle, et qu’il s’agit d’un date arrangé. Et qu’il est tout aussi surpris que moi.

Chacun vante nos qualités et le but est qu’ils se mettent d’accord. Je suis abasourdie et franchement amusée. Mon boss va me demander de faire un rapide tour de ma vie auprès de T.M, en omettant pas de me dire « dis que tu sais faire la cuisine ». Je m’exécute… Pour T.M. ça sera encore plus gênant. En effet, la passion du jeune homme est le chant. Il va carrément devoir me chanter une chanson en plein milieu du repas. Il chantait pas mal du tout d’ailleurs. L’oncle et mon patron continuent de discuter et décident finalement que nous devons nous revoir et cette fois, que tous les deux. Difficile de refuser quand il s’agit de son employeur, et après tout ça me fait des choses à vous raconter.

Je pars donc pour un second rendez-vous, cette fois dans un café. Le rendez-vous sera très banal.  Il paye (logique nous sommes en Corée), nous discutons de choses et d’autres et nous nous amusons de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Nous convenons tous les deux que dans d’autres circonstances nous aurions surement pu développer une affinité, mais nous sommes bien gênés par cette situation… Nous nous mettons d’accord sur un discours: il dira qu’il m’a trouvé charmante, je dirais de même le concernant au debriefing, nous expliqueront que néanmoins la communication était compliquée de part notre timidité et la barrière de la langue.
Grosse déception du coté du chef… Etre célibataire c’est pas forcément super bien vu et en plus il se voyait déjà marié (j’exagère ^^) sa petite étrangère au neveu de son pote.
Bref, j’étais super triste pour lui, ou pas. Par contre, je dois avouer avoir été chanceuse car T.M. était pas mal du tout.

 

Les dates, les fleurs, les papillons et les coeurs… arrangés. <3

Il y a beaucoup (je trouve) de dates arrangés en Corée. A un certain age les parents essayent de trouver un bon parti pour leur enfant, il y a aussi des associations/entreprises spécialisées. Moi j’ai surtout des amis coréens, et les amis coréens n’aiment pas bien voir quelqu’un seul: il faut être en couple. En plus, ils sont assez friands de ce genre de rendez-vous (prétexte à boire) et avec un étranger ça pimente le truc.^^
Avec vos amis, ces rendez-vous se font souvent par paire, afin que personne ne se sente embarrassé: 2  femmes et 2 hommes. Je vais faire un billet sur l’homosexualité en Corée avec un ami, mais pour le moment on oublie, disons qu’il y a encore du chemin à faire à ce niveau.
Mes amis expats trouvent généralement ces dates très sympa. En règle général, c’est l’homme qui paye ; à moins que vous ne vouliez passer pour un gros mufle… On est en Corée -> vous payez tout ! Ah oui c’est chiant, mais ne vous attendez pas à ce qu’elle sorte son portefeuille, si elle le fait sautez lui dessus et ne la lâchez plus jamais. Mesdemoiselles, dans bien des cas les hommes choisiront pour vous ou vous orienteront fortement sur un choix de plat. Si vous n’aimez pas, il n’y a aucun soucis à le dire (je ne mange pas pimenté, ça ne pose pas de soucis à mes amis sauf pour trouver un restaurant). Sinon rangez-vous à son choix même si vous auriez préféré le menu Y, c’est une question certes d’éducation mais surtout de confort. Les coréens se sentent vite embarrassés.
Au plus froid vous prendrez un café, au mieux vous ferez un petit resto puis un bar à la suite. Souvent cela dépend du niveau d’intimité entre les « organisateurs », si ils sont bons amis ou non. En général, les filles choisissent souvent la case restaurant. Ben quoi  ? On mange à l’œil… 

J’ai rencontré plusieurs couples mariés « de force » suite à des accords familiaux. L’un d’entre eux me confiait songer à divorcer dans 2 ou 3 ans. Les mariages de ce genre sont assez rares semble t’il et il s’agit souvent de personne ayant un certains statut au sein de la société coréenne.
Ce qui est sure, c’est que la notion de « bon parti » est très importante. Les coréens disent souvent que les coréennes regardent : 1. le portefeuille, 2. la beauté (le point numéro 1 pouvant largement éclipser le point n°2). Les coréennes vous diront que les coréens regardent : 1.la beauté, 2. la docilité (ne pas parlé et ne pas être trop intelligente). Je développerais ça dans un prochain article, ça s’explique et c’est assez compréhensible dans la société coréenne actuelle (encore une fois ceci ne concerne pas non plus tout le monde).

Ne vous étonnez pas aussi si votre interlocuteur agit comme un enfant ou minaude à l’extrême, c’est de l’aegyo (qui se rapprocherait du kawaii japonais en encore moins subtile). C’est plutôt bon signe. Il y a de forte chance que vous lui plaisiez, si il ou elle en use. Moi je n’aime pas du tout ça, les voix aigues et les pouing pouing… Burk ! 
Ah ! N’hésitez pas non plus à échanger votre kakaotalk, les coréens n’oseront souvent pas vous le demander. Vous êtes étranger, vous leur ferez toujours un peu peur… au début du moins.

 

Conclusion

Personellement, tout ce qui est arrangé ce n’est pas ma tasse de thé. Je ferais tout pour fuir à nouveau ce genre de situation. Ce n’est pas horrible et je pense que l’on peut avoir de bonnes surprises et vraiment rencontrer de chouettes personnes. Maintenant je pense que cela dépend de chacun, pour moi c’est trop embarrassant.
J’irais plus ! Yippee ki yay !!!

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